ModalitésL’interaction avec une interface implique une relation à double sens : l’utilisateur est à la fois un émetteur (entrée de données ou data input) et un récepteur (sorties de données ou data output). On distingue deux types de sorties de données : le feedback et l’affichage. Le feedback intervient en réaction à une entrée de données et permet en premier lieu de signifier à l’utilisateur que cette entrée a bien été performée. L’absence de feedback tactile sur un écran tactile a par exemple été pointée comme un des défauts de l’iPhone. Plus généralement, le feedback est un facteur de performance : il rend possible la rétroaction, l’adaptation, la correction des actions entreprises. Imaginez-vous ainsi avoir à attraper un savon humide avec une main anésthésiée : l’absence de retour tactile rend cette tâche extrêmement difficile. L’affichage permet, quant à lui, de présenter des données à l’utilisateur.

Les modalités d’interaction et leur substitution

L’entrée de donnée se fait essentiellement par la voix, et le mouvement : boutons, clavier, souris. L’affichage est généralement sonore ou visuel mais il existe des recherches sur la possibilité de réaliser un affichage tactile (voir les travaux de Vincent Levesque). Le feedback se fait aussi selon ces trois modalités : sonore (clac d’une porte qui se ferme, bruit du verrou), visuel (diode de confirmation, flèches lumineuses de clignotants sur les tableaux de bord de voiture) ou tactile (resistance opposée par un verrou, ou un bouton).

Les modalités sont, dans une certaine mesure, substituables les unes aux autres. La commande vocale peut être remplacée par l’entrée d’un texte au clavier, le feedback tactile d’un clavier de téléphone portable par un feedback sonore ou visuel (via l’affichage du caractère sur l’écran).

Critères de choix entre les différentes modalités

Acceptabilité sociale : les contextes sociaux d’interaction autorisent ou limitent l’utilisation de certaines modalités. Le son et la parole sont particulièrement visés dans les lieux publics clos. Un affichage tactile de certaines informations telles que le nom de l’appelant permettrait aux utilisateurs de choisir de répondre ou non à un appel sans avoir à interrompre le contact visuel avec un interlocuteur.

Intrusivité : dans le cadre d’une communication de personne à personne, la modalité d’interaction est porteuse de signification. Le coup de téléphone est ainsi beaucoup plus intrusif que le SMS.

Répartition de l’attention : l’attention visuelle est généralement la plus sollicitée, l’utilisation des autres modes peuvent permettre de la décharger, ce qui profite à la performance.

Taux d’erreur : suivant les interfaces et les contextes une modalité présente différents taux d’erreur. La reconnaissance vocale est par exemple moins performante en présence de bruits parasites. Par ailleurs le coût de correction des erreurs est lui-même variable.

Lors des choix de design d’interface, le choix des modalités selon lesquelles s’effectuent les interactions n’est pas neutre. Ces modalités influent sur la performance d’action de manière directe mais entrent aussi avec d’autres facteurs, abordés lors de prochains billets, tels que l’ambigüité des données fournies en entrée/sortie ou la capacité de révélation de l’interface.