Un billet précédent traitait de l’évolution des IHM, et introduisait la notion de surface de contact sans la définir clairement. C’est l’objet de ce post.

Surface d’engagement d’un service et surface de contact

On définit la surface d’engagement avec un service comme la surface géographique à partir de laquelle il est possible d’engager une interaction avec ce service. Elle est égale à la somme des surfaces d’engagement avec un point d’entrée à ce service.

Le service postal permet de poster des lettres. Un point d’entrée à ce service est donc la boite aux lettres. La surface d’engagement d’une boite aux lettres est la surface qui lui fait face et à partir de laquelle il est possible de glisser une lettre à l’intérieur, soit un demi-disque d’une cinquantaine de centimètre de rayon. La surface d’engagement avec le service postal est donc la somme de ces surfaces d’engagement avec des boites aux lettres.

Les IHM étant un point d’entrée vers différent services, on peut appliquer aux interfaces la définition de surface d’engagement. On définit ensuite la surface de contact comme la somme des surfaces d’engagement avec des interfaces. Chez moi ma surface de contact homme-machine est ainsi la somme des surfaces d’engagement avec ma TV, mon téléphone fixe, mon mobile, mon ordinateur,…

Plus simplement : la surface de contact est d’autant plus grande qu’un grand nombre d’objet de notre environnement servent de point d’entrée à un service.

Trace d’une interface

On définit la trace d’une interface comme l’intersection de la trajectoire d’un individu avec la surface d’engagement cette interface.

La figure suivante représente deux cas de figure : le cas où un individu n’a accès qu’à des téléphones fixes, et celui où il a sur lui un téléphone mobile. Dans le premier cas l’individu dispose d’autant de traces que de téléphones fixes, chacune étant de faible mesure. Dans le second cas l’individu dispose d’une unique et longue trace qui s’explique par le fait que le téléphone mobile étant « embarqué » par l’utilisateur celui-ci se trouve en permanence à l’intérieur de sa surface d’engagement.

Trace

Plus simplement : la trace d’une interface est d’autant plus grande que le temps pendant lequel son utilisateur est susceptible d’engager une interaction avec elle est grand.

Internalisation et externalisation de fonctions

Un ancien post se faisait l’écho d’une conférence où Michel Serres discourait entre autres sur l’externalisation des fonctions humaines au travers des outils. L’évolution des IHM envisagée dans le billet mentionné au début de cet article consistait en un aller-retour entre embarquement et stationnarité des fonctions de l’interface, c’est-à-dire entre internalisation et externalisation, deux processus dont cet autre billet pointait les limites : l’internalisation « alourdit » l’utilisateur, et l’externalisation « alourdit » l’environnement.

L’utilisation des notions de trace et de surface de contact permet de donner une nouvelle perspective au processus d’évolution des IHM.

Surface de contact vs Trace

Les interfaces mobiles augmentent la trace moyenne du fait qu’elles accompagnent les utilisateurs. Cependant elles ne font pas véritablement augmenter la surface de contact : au lieu d’interagir avec un terminal fixe celui-ci est mobile, le nombre de point d’entrée est donc le même. Cependant la mobilité ne permet pas et ne se contente pas d’une transposition des services « fixes », les terminaux mobiles ont donc généralement des usages différents de leurs ancêtres fixes et ne se substituent pas à eux.

Les interfaces pervasives vont permettre à une multitude d’objets de notre environnement d’intégrer une interface et devenir ainsi des points d’accès à des services particuliers. Ces objets n’ont pas vocation à nous accompagner ce qui tendra à diminuer la trace moyenne des IHM.

Les interfaces neurales permettront d’organiser la fusion du monde physique et du monde informationnel, faisant ainsi de chaque objet une poignée (« handle ») reconfigurable. Par ailleurs ces interfaces directement associées à l’individu auront, comme aujourd’hui les interfaces mobiles, une trace importante.