On peut s’accorder sur le fait qu’une communication téléphonique est une communication synchrone et qu’une communication par email est asynchrone, mais la définition du synchronisme reste néanmoins délicate. Je relève trois critères qui me semblent participer de notre compréhension de cette notion :

La persistance : si les messages d’une communication s’évanouissent (du fait de la propagation du signal, d’un affaiblissement, ou pour toute autre raison), comme les mots prononcés à voix haute, on tendrait à dire que la communication doit être synchrone car il faut que l’attention des interlocuteurs soit concentrée sur leur alter ego pour ne pas rater un message entrant.

L’enregistrement pré/post-transmission : la persistance peut soit être intrinsèque au code utilisé (l’écriture par exemple) soit être obtenue au travers de l’enregistrement du message. Cet enregistrement peut être effectué avant ou après la transmission. Les répondeurs téléphoniques nous conduisent à avoir parfois des communications asynchrones avec nos interlocuteurs (par répondeurs interposés), mais l’intention véhiculée n’est pas la même qu’au travers de l’échange de SMS vocaux. De même que l’IM ne produit pas les mêmes types de communication que l’email. On perçoit qu’il pourrait y avoir des degrés dans le synchronisme/asynchronisme.

La sérialité/le parallélisme de la communication : une communication synchrone semble être une communication qui s’accommode d’un certain parallélisme : il est possible d’émettre et de recevoir en même temps, d’interrompre l’autre au milieu de son message. Une communication téléphonique le permet. Cependant une communication téléphonique longue distance perd cette qualité en raison du décalage dû au temps de transmission.

 

Bottom line : le synchronisme est défini par des conventions sociales

L’échange de messages dans une communication se développe en deux phases : la réception et l’émission. La persistance, l’enregistrement pré ou post-transmission et la sérialité ou le parallélisme d’une communication ne suffisent pas à définir ce que l’on entend par synchronisme et asynchronisme. Ils posent ou lèvent des contraintes sur la chronologie des échanges de messages en permettant ou en interdisant de différer la réception et/ou l’émission. A moins de se donner des frontières arbitraires en fixant des valeurs pour les délais séparant les différents actes de communication, il n’existe pas de distinction claire entre synchronisme et asynchronisme. Il s’agit plutôt d’un continuum sur lequel il possible de placer les différents modes communication relativement les uns aux autres. Et encore toute ambition d’un classement précis de ces modes sur une échelle serait vaine comme le montre l’exemple développé ci-dessous : le synchronisme est avant tout une affaire de perception et de contextualité de l’interaction.

Prenons l’exemple de l’IM. Ce mode de communication est plus asynchrone qu’une communication téléphonique mais moins qu’une com-unication par email ou SMS. Ajoutons-y la webcam pour obtenir un tchat vidéo (pas de la visiophonie : les messages restent écrits). Le mode de communication reste le même mais le synchronisme en est renforcé : le fait de pouvoir observer crée des attentes et le fait de se savoir observé crée des obligations en termes de temps de réponse. A moins de s’être absenté ou d’être au téléphone il n’est pas possible d’ignorer son interlocuteur sauf à être malpoli…

Une conversation en face-à-face est une communication synchrone, c’en est même l’ideal-type. Lors d’une telle communication, les paroles ainsi que les silences sont interprétés, les expressions faciales aussi. Chaque interlocuteur dispose de « meta-données » sur son vis-à-vis. Chacun dispose aussi des données concernant l’environnement de l’autre puisqu’il est partagé : je comprends que mon interlocuteur se retourne parce qu’il a entendu un crissement de pneu, et qu’il n’a pas prêté attention à la fin de la phrase que j’étais entrain de prononcer. Cette connaissance du contexte de son interlocuteur permet de partager la responsabilité du rythme de la conversation, grâce à un ensemble de conventions sociales.

Lorsque le contexte n’est plus complètement accessible comme dans le cas d’une communication médiatisée, cette responsabilité n’est plus partagée mais séparée : moins l’on dispose d’éléments sur l’environnement de son interlocuteur, moins il est possible d’appliquer les conventions sociales. La responsabilité n’est plus commune mais individuelle : chacun fixe le rythme de ses actes de communication. Il y a donc fort à parier que le degré d’asynchronisme d’une communication soit lié à la quantité d’information dont chacun dispose à propos de ses interlocuteurs.