Ces dernières semaines j’ai publié plusieurs billets autour des usages et pratiques de communication. Ce post a pour objet d’essayer d’établir des liens entre les différents sujets abordés.

La communication est avant tout une pratique sociale : elle intervient entre différents individus avec pour but de transmettre des messages. Ou plutôt elle est le support de pratiques sociales puisqu’elle sert des finalités autres qu’elle-même (on peut cependant parfois se demander…). Elle se décline ensuite en divers usages, les usages correspondant aux façons de communiquer (sur la distinction entre pratiques et usages voir ce billet). Comprendre ce qui différentie les diverses manières de communiquer, et les raisons de leur multiplication avec les NTIC, conduit à renverser le sujet pour ne plus considérer la communication comme un acte social et complexe mais comme la simple transmission d’un message.

 

Modèle de communication

Un message est communément entendu comme une somme de signes, c’est à dire une somme de signifiants (les mots) auxquels sont associés des signifiés (les concepts). Cette définition introduit la nécessité d’interprétation : le mot arbre n’est compréhensible que par une personne francophone. Le message est donc une somme de symboles, ou plus simplement de manifestations physiques (qu’il s’agisse d’un tracé encré ou d’un nuage de fumée), auxquels l’interprétant attribue de lui-même un sens. Toute manifestation physique peut ainsi devenir le support d’un message, ce que l’on peut constater dans les cultures animistes, et la capacité à interpréter les signes divins fonde le pouvoir des shamans. Le passage de la manifestation au concept a été traitée dans ce billet où la première prend le nom de donnée et le second celui d’information.

La transmission d’un message s’effectue d’un émetteur vers un récepteur en utilisant un canal. Le récepteur est atteint au travers d’une adresse. Un premier billet donnait une définition de l’adresse ensuite revue dans un second. Il en ressort qu’un canal (fréquences radios, sonores, internet,…) définit un espace, dont un point particulier (une fréquence une séquence de chiffres correspondant à une adresse IP,…), lorsqu’il est associé à des droits d’accès, définit une adresse. Les droits d’accès, traités dans ce billet particulièrement, interviennent à deux niveaux : au niveau de l’adresse puis au niveau de chacun des messages et se divisent en deux catégories : les droits d’accès en émission et les droits d’accès en recéption. Ce billet-ci et celui-là donnent des exemples de l’adressage.

Enfin une communication peut être à sens unique mais elle est souvent bidirectionnelle. Ce billet illustre l’utilisation des adresses dans une communication où les interlocuteurs sont alternativement émetteurs et récepteurs. Une communication bidirectionnelle n’exige pas l’usage par les interlocuteurs d’un même canal.

 

Communication et identité

Nos adresses de communication font partie de nos données personnelles que nous ne souhaitons pas rendre accessible à tous. Leur diffusion restreinte tient pourtant plus à la discrétion de ceux qui en ont connaissance qu’à de véritables mesures pour les protéger. De plus la générale absence de contrôle des droits d’accès en émission conduit à ne pas être en mesure de contrôler l’identité des personnes d’adressant à nous. C’est dans ce souci de protéger les données personnelles que s’inscrit le standard OpenID, dont traite ce billet. Ce second post pousse le raisonnement un peu plus loin en combinant la notion d’alias avec celle d’encapsulation afin de limiter au maximum la quantité d’information à divulguer pour entamer une communication avec un interlocuteur.

Une communication ne met pas seulement en jeu l’échange de données personnelles telles que l’identité ou des adresses, mais aussi la transmission consciente ou non, désirée ou non, de données concernant notre contexte (activité, environnement physique et social,…) que nous appelons meta-données (pour plus de détails voir ce billet). Comme le relève ce post, une idée dans l’air du temps voudrait que chacun soit prêt à divulguer sans contrôle ses meta-données à ses interlocuteurs dans le but d’enrichir la communication. Je pense qu’au contraire chacun est amené à jongler entre les différents modes de communication dans une stratégie de communication visant à maitriser l’interprétation que fait l’interlocuteur des messages envoyés.

 

Vision utilitariste du choix d’un mode de communication

Bien que le choix de communiquer et le choix du mode de communication ne puisse se limiter à une analyse (même inconsciente) du type utilitariste, cette approche peut permettre de faire apparaitre les incitations et désincitations qui existent (voir ce billet). Ainsi si coûts et bénéfices était réductibles à une unique et même échelle, il serait possible d’affirmer qu’une communication n’est initiée que si les bénéfices attendus sont supérieurs aux coûts perçus.

Bénéfices : les bénéfices à attendre d’une communication sont la réalisation d’une intention. Il peut s’agir d’obtenir une information ou une action de l’interlocuteur, il peut s’agir de donner une information, de chercher ou de témoigner d’une présence,… L’intention est rarement unique est bien identifiée, et s’inscrit dans le « balai » des relations sociales. Les modes de communications, comme cela était remarqué à propos des meta-données, permettent de réaliser plus ou moins pleinement l’intention.

Coûts : les modes de communication entrainent plus ou moins de coût « sociaux », dont l’intrusivité et l’obstructivité introduits dans ce post. Le second grand poste de coût est celui de la manipulation de l’interface (cela ne vaut pas bien sûr pour les face-à-face) qui est développé dans ce billet. Un troisième type de coût à ne pas négliger est le coût financier : il reste bien souvent un fort inhibiteur et peut orienter le choix vers un mode de communication dont les bénéfices sont moindres…

 

Communication : pratiques et usages

La communication supporte des pratiques en cela qu’elle permet de réaliser une intention. Les technologies à disposition permettent de le faire de différentes manières. Il y a interdépendance entre la forme et le fond : la communication est avant tout une affaire de subjectivité. La compréhension des articulations entre technologies et pratiques sociales nécessite de se pencher sur les spécificités des différents usages.

Un premier article analysait l’évolution du marché des petites annonces en lien avec l’apparition de nouveaux usages dans l’adressage et particulièrement de nouveaux modes de gestion des droits d’accès. A la clé de nouveaux modèles économiques.

L’utilisation de l’exemple de l’email a permis dans un autre billet de définir les termes de broadcast et pluricast. Ces notions, combinées à celles de méthodes push/pull auxquelles est consacré cet article, ont conduit à une classification des médias. Encore reste-t-il à « la faire parler », c’est-à-dire à voir en quoi elle permet de faire ressortir des motifs d’intérêt.