septembre 2008


Question quelque peu provocatrice face à l’idée généralement admise que les liens sont le sang et la chair de l’internet. Elle m’est venue suite à mon dernier article que j’ai publié sans un seul lien. Cette absence  était volontaire mais sans raison bien identifiée. Ci-dessous différentes possibilités :

  1. Je suis paresseux. C’est possible, mais si c’était une raison suffisante je ne bloggerais probablement pas du tout…
  2. Je suis orgueilleux: j’estime que la valeur ajoutée des liens est marginale comparée à la valeur de mon article. L’analyse que j’y propose se suffit à elle-même. Il y a probablement de cela…
  3. Je suis à la fois paresseux et orgueilleux, certes, mais la valeur d’un lien n’est pas nécessairement positive.

Considérons cette dernière possibilité. Nous avons tous fait l’expérience d’un lien que nous nous félicitons d’avoir suivi et que nous remercions l’auteur d’avoir placé dans son article. Inversement combien de liens sans intérêt pour un lien de qualité.

Il est possible d’essayer d’évaluer la valeur intrinsèque d’un lien. Il faut alors mettre en balance la valeur apportée par le lien et le coût représenté par le click et le temps passé sur la page de destination. Un lien peut avoir une forte valeur positive et seulement une faible valeur négative, on peut donc aisément imaginer qu’on aboutit à une valeur moyenne des liens positive. Si on suppose que la valeur cumulée de liens d’un article est additive, c’est-à-dire que la valeur de la somme des liens est égale à la somme des valeurs des liens, alors la valeur ajoutée des liens d’un article croît avec leur nombre.

Je vois en plus aux liens d’un article une valeur de « réseau », ou plutôt une moins-value de réseau. Je suis même tenté d’affirmer que le moins-value marginale des liens est croissante. Sous cette condition la valeur moyenne mais aussi la valeur totale des liens peut être amenée à diminuer avec l’ajout d’un nouveau lien. Comment justifier d’une telle moins value de réseau ?

La sociologie de l’entreprise nous apprend que l’angoisse du manager est liée au nombre de choix qui sont à sa disposition : face à ce choix trop vaste, le manager manque d’outils pour évaluer la meilleure marche à suivre. La peur de se tromper et l’incapacité à y faire face est cause de cette angoisse, et aboutit généralement au statu quo.

Pour reprendre cette image, la surabondance de liens me conduit généralement à ne pas cliquer : n’ayant pas le temps de tous les explorer, et ne disposant pas des outils me permettant de juger ceux qui présentent le plus de valeur pour moi…

En observant mes propres comportements et ceux des visiteurs de ce blog, j’ai fait les observations suivantes qui tendent à conforter l’analyse précédente :

  1. Les liens fondus dans le texte sont peu clickés
  2. Plus 2 liens sont proches dans le texte et moins ils sont cliqués
  3. Les liens auxquels je consacre plusieurs lignes de contextualisation/description (comme dans les Fourre-tout) sont les plus cliqués

Qu’en pensez-vous ?

Le lien entre l’existence d’un objet et la perception que l’on a en est sujet à débats philosophiques depuis bien longtemps. Ce n’est pas mon objet que de l’aborder mais il se rapproche du lien que l’on peut faire entre la présence d’un individu et la perception qu’on a de lui.

Ce sujet m’a paru d’intérêt alors que l’on parle de « présence ambiante » en regard du succès des réseaux sociaux et de leur portage imminent sur terminaux mobiles. Avant de se consacrer aux univers digitaux faisons un détour par l’univers réel qui est le notre.

Supposons l’existence d’hommes invisibles, ou devrais-je dire d’hommes imperceptibles. Ils peuvent alors être présents dans mon salon alors que je regarde la télévision, mais ne pouvant les percevoir je n’aurai pas conscience de cette présence. De mon point de vue il n’y a présence que dès lors que je perçois.

Mais percevoir quoi ? Une forme, une odeur, une ombre…? N’importe : ce sont là autant de marqueurs de l’identité de la personne qui m’indique sa présence à défaut d’être suffisamment révélateur pour me dévoiler son identité.

L’absence, la présence imperceptible, puis la présence anonyme. De là se déroule un continuum qui permet de caractériser de mieux en mieux cette présence, jusqu’à ce que la personne nous soit pleinement perceptible : son visage, sa corpulence, son odeur, le son de sa voix,…

Marqueurs imperceptibles

Dans le métro nous sommes percevons les autres voyageur (parfois même un peu trop…), ils n’en restent pas des anonymes. Cependant nous amenés à reconnaitre ces personnes que nous y croisons régulièrement. L’anonymat s’entend donc ici en terme d’état civil. Ils nous sont anonymes sans nous être totalement étrangers. Nous connaissons certains marqueurs de leur identité sans être capable de les connecter à d’autres que sont leurs noms, adresses, etc…

Comme illustré par ailleurs, il n’existe pas une définition unique absolue de l’identité. Il s’agit plutôt d’un ensemble à géométrie variable de marqueurs dont la cohérence persistante nous permet d’affirmer d’une fois sur l’autre qu’une personne est celle dont nous avons la mémoire.

Au-delà de ces considérations sur l’identité il n’en reste pas moins que des marqueurs tels que ceux constituant l’état civil ont un importance particulière car ils permettent de désigner une personne de manière (relativement) non-ambiguë. Ces marqueurs, contrairement par exemple au visage ou au son de la voix, sont des marqueurs imperceptibles : il ne nous est pas donné de les connaitre de manière immédiate au travers de nos sens.

Médiation de la perception dans les univers digitaux

Dans les mondes digitaux nous ne percevons que ce que notre interface (essentiellement notre écran) nous transmet. Certains services tentent d’introduire une forme de perception de « l’autre » sans laquelle il ne peut y avoir de dimension sociale.

Ainsi lorsque je visite une page web, je suis a priori invisible pour les autres personnes présentes sur la même page au même instant. Les forums informent de la présence d’utilisateur « anonymous ». On peut aussi connaitre les pseudos des membres inscrits présents.

La volonté de rendre la navigation internet plus sociale se traduit par l’ajout de marqueurs supplémentaires sous forme d’avatars, qui vont des images 2D fixes aux représentations 3D mobiles. Ainsi les services proposant le « walking web » transforment une page 2D à usage individuel en un univers 3D, lieu d’échange et de mouvement.

Cette socialisation du web consiste donc à le transformer d’un lieu privé en un lieu public de divulgation de soi. Divulgation de marqueurs de son identité, ces marqueurs pouvant être liés à notre réalité physique (photos par exemple) ou pas.

La médiation de la perception permet donc l’enrichissement de la notion d’identité par la création de nouveaux marqueurs (marqueurs synthétique) ou par le travestissement de marqueurs « physiques » (photos truquées).

Ce nouveau flou qu’introduisent les mondes digitaux autour de la notion d’identité me parait, malgré les risques de manipulation qu’il introduit, être un juste retour des choses face au diktat réducteur de l’état civil. Sur le net la question « Qui es-tu ? » ne dispose pas d’une seule réponse…